Pour le début de l’histoire, allez lire “Le brocard de Fiona… [Part 1]” !

Mon réveil sonne et je ne dors pas. Cet horaire matinal est douloureux pour tout le monde mais nous sommes excités par ce nouveau jour qui démarre. Pendant la nuit, j’ai décidé que l’on ferait un petit tour dans les vignes… au cas où. Un super brocard se balade, assassin à gauche et 3 à droite, et j’ai envie que Fiona reparte avec des souvenirs. Nous voilà donc dans la brume matinale, évoluant à pas de loups et avec nos petits yeux encore lourds de sommeil. Malgré toute notre discrétion, nous ne le voyons pas… Nous croisons seulement une chevrette mais le brocard rêvé n’est pas là.

Philosophes, nous ne perdons pas une minute et nous nous mettons rapidement en route pour gagner la dune. Alors que sur le trajet, les yeux de William se ferment, j’échafaude toute sorte de plans. Les « et si ? et si ? » résonnent dans ma tête. Dans ma vie de chasseur, je n’ai jamais été confronté à une échéance si immédiate. Généralement, j’aime prendre mon temps et un tir est souvent l’aboutissement de nombreuses sorties.

Nous arrivons rapidement en bas de la première dune que nous avons gravie hier. La chorégraphie de la veille se répète pour Fiona, William et Louis : caméra, trépieds, carabine… L’ascension n’est pas moins douloureuse mais porteuse de promesses : hier nous avons observé 7 chevreuils à cet endroit, nul doute que cela va être encore le cas. C’est bien réveillés et transpirants que nous arrivons en haut de la dune pour constater qu’elle est vide de tout animaux. Seuls les goélands qui se rendent en mer passent en planant au-dessus de nous, l’œil moqueur.

Dépités, nous redescendons la « dune de la mort » pour rejoindre le territoire de l’assassin. Après l’échec d’hier soir, j’espère bien que nous allons le voir. Fiona chasse non-stop depuis une semaine et cela commence à se faire sentir. Je sens que le doute s’installe. Son train est dans 3 heures… C’est maintenant ou jamais !

Nous filons comme des fous vers la plantation de la dernière chance. William et Louis sont enthousiastes et y croient toujours. C’est bon d’avoir des non-initiés dans l’équipe ! Pour ma part, malgré les doutes, j’y crois aussi. La patience va payer. Nous avons pris une bonne décision en ne nous précipitant pas hier, j’en suis certain.

J’arrête la voiture en douceur… Je sais que nous n’avons pas le droit à l’erreur. L’équipe que nous sommes désormais en a conscience, il faut être plus que discret. Il est 9 heures, le soleil est déjà haut et nous commençons à avoir chaud. En été, il n’y a pas d’heures pour la chasse. Les chevreuils sont de sortie toute la journée. Nous marchons à pas de velours… Arrivés sur un des côtés de la plantation, nous commençons à jumeler. Alors que je balaie le versant opposé de la dune où nous sommes, une tâche rousse retient mon regard… Un chevreuil est en train de manger, tête baissée, à plus de 300 mètres. J’alerte Fiona calmement : « C’est un brocard, j’en suis sûr ». Elle est d’accord avec moi. Sa corpulence et son port de tête ne nous trompent pas.  Fiona, jumelle à son tour. Nos grossissements respectifs sont un peu justes à cette distance… Fiona regarde dans sa lunette pendant que je suis toujours à la jumelle.

Quelque chose semble bizarre. Je n’arrive pas à comprendre comment est coiffé ce brocard, d’autant plus que je ne l’avais jamais vu auparavant. Alors que je suis plongé dans mon analyse longue distance, Fiona me dit : « Il est bizarre ce broc’, non ? on dirait une tête bizarde ». Je prends un peu de temps… Je n’ose pas confirmer ce que nous semblons deviner tout les deux. Je lâche alors un timide : « On dirait qu’il a du velours… » Fiona me regarde, paniquée… Je devine qu’il ne faut pas trop insister sur l’originalité du trophée, d’autant plus que Fiona répète en boucle : « C’est un brocard normal, c’est un brocard normal, c’est un brocard normal… ». William et Louis, spectateurs, ont conscience que quelque chose d’important se joue à présent, même s’ils ont du mal à mesurer l’importance que revêt l’approche que nous entamons.

En fil indienne, nous évoluons à pas lents vers le brocard de nos rêves. Je me ressasse en boucle ce que je viens de voir aux jumelles, essayant de comprendre ce que je viens d’observer. Toute cette pensée occupe mon cerveau, mes muscles bandés vers un objectif unique. Je n’ai jamais été aussi tendu, déterminé mais à la fois confiant à la chasse. Je sais que Fiona est dans le même état que moi.

Nous arrivons vers un bosquet de pins, dernier obstacle naturel pour nous dissimuler à la vue du brocard. Je prends mon télémètre… 161 mètres… C’est un peu loin et l’animal est en crête. Je demande à Fiona comment elle se sent à cette distance et la prévient qu’elle pourra tirer si l’animal descend un peu. Très vite, elle prend sa décision et décide de tirer. Nous parlons peu, je sais qu’elle a besoin de toute son énergie et sa concentration pour réaliser le tir d’une vie.

Le brocard descend un peu, je préviens Fiona « C’est quand tu veux, on a tout notre temps ». Il est à 153 mètres. William et Louis sont prêt eux aussi. Ils attendent un dénouement qu’ils ne connaissent pas, le souffle court et une perle de sueur sur le front. 

La première balle claque… atténuée par le modérateur de son.  Loupé ! La balle passe au-dessus. Le brocard fait quelques pas. Il ne sait pas d’où vient le bruit de la déflagration. Je siffle. Il s’arrête. Fiona se cale, souffle et lâche sa deuxième balle. Loupé ! Ce coup-ci, la balle est en dessous. Là encore, le brocard fait quelques pas au trot. Il ne semble vraiment pas comprendre ce qu’il lui arrive. Je siffle à nouveau pour qu’il s’arrête. Ça fonctionne ! Fiona marmonne mais recharge et se calme en un éclair. Ses mains tremblent. Je ne le sais pas encore mais il ne lui reste qu’une balle, elle a laissé son sac à la voiture, avec les balles dedans. Le temps est suspendu…

Fiona presse la détente pour la troisième et dernière fois. Sa balle fend l’air. Plof ! Nous entendons le bruit caractéristique de l’impact. A la jumelle, je vois la tache rousse qui s’effondre. Il y est ! Je saute de joie alors que Fiona tremble de tous ses membres et ressasse ses tirs manqués. « Pas d’importance Fiona… C’est normal, c’est le brocard d’une vie… ». Je ne suis que sourire après cet heureux dénouement. 

Nous prenons 5 minutes pour reprendre nos esprits et nous mettons en route pour l’anschluss. Nous serpentons au milieu des pins en devenir et des régénérescences de chênes verts. A 40 mètres du point d’impact, je conseille à Fiona de recharger, on ne sait jamais… C’est là que je découvre qu’elle a laissé son sac à la voiture et qu’elle n’a plus de balles. Je m’en remets à Saint Hubert pour que ce brocard ne nous file pas sous le nez. Arrivé sur la zone d’impact, nous voyons un petit buisson de chênes verts remuer. Le brocard est là, immobilisé par une balle de colonne. Nous abrégeons ses souffrances rapidement et découvrons de plus prêt son magnifique trophée. C’est une superbe perruque… Fiona est émue aux larmes et s’empresse d’appeler Edouard, son amoureux, pour partager avec lui la joie d’une vie de chasseur de brocards. Je n’en mène pas large non plus et m’empresse d’aller serrer dans mes bras William et Louis. Quel moment nous venons de vivre ! L’instant est magique…

Entre larmes, accolades et cris de joie, nous prenons le temps de rendre les honneurs à ce magnifique animal et de regarder plus en détail son trophée. Fiona le bague avec émotion. Quel animal ! Ses testicules sont « en sachet de thé », comme je ne le cesse de le répéter, ils sont atrophiés. Nous prenons le temps de faire quelques photos et d’admirer ce brocard magnifique sous toutes les coutures.

Jean-Claude, prévenu par téléphone, arrive. Il semble ému de voir que ce bel animal a été prélevé et rend les honneurs à Fiona. Il est heureux pour elle, tout simplement.

Fiona vide le brocard sur place. Elle prend le temps d’expliquer à William et Louis pourquoi elle procède ainsi. Je m’efface, je suis à sa disposition et lui laisse le temps de faire ces gestes qui concluent toute action de chasse réussie. Notre paire de caméramans observe stoïquement. Ils semblent trouver ça naturel. Plus tard, à table, nous dégusterons un filet. Comme diront William et Louis : « En termes de circuit court, on ne peut pas tellement mieux faire… ». On est bien d’accord avec eux.

Cahin-caha, nous quittons les lieux. Fiona a son brocard en bandoulière et s’arrête tous les 20 mètres pour le regarder avec respect. Quelles images ! Edouard nous rejoint dans l’après midi pour fêter ce brocard d’une vie et partager ces moments de joie.

Trois jours de rêves viennent de s’écouler… Entre crapahutage dans la nature, partage entre chasseurs et non chasseurs, découvertes et émotions. Tout y était ! J’ai particulièrement apprécié de guider cette petite troupe et j’ai vécu des émotions que je n’avais jamais vécues derrière mon arc, ma carabine ou mon fusil. Les images de la joie de Fiona à la découverte de son brocard resteront gravées dans ma mémoire pour longtemps. 

Nous avons vécu des moments intenses et nous espérons que vous en vivrez, vous aussi, grâce à www.journeedechasse.com Nous sommes persuadés que le partage et la découverte sont plus fort que tout. 

Merci mille fois à Fiona, William et Louis. Je suis sûr que ce n’est que la première de nombreuses aventures. Nous avons hâte de vous montrer le résultat de ce tournage… Restez connectés, c’est pour bientôt. 

Vive la chasse ! Vive journeedechasse.com !

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